11/07/2014

Histoires de taulards

 

 

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Histoire de taulards

par eva R-sistons (Chantal Dupille)

 

    En débattant ce 11 juillet 2014 avec un Lecteur sur la légalisation ou pas de la drogue, j'ai été amenée à dire que j'ai accueilli fraternellement des consommateurs chez moi pour les aider à s'en sortir. Anecdote: Un jour, un jeune m'a demandé s'il pouvait préparer la cuisine pour ma famille. J'ai dit: "Ca te fait plaisir ? Ok !". Et à la fin du repas, j'ai remercié chaleureusement: "Je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon ! Tu es merveilleux ! Salut l'artiste ! Tu devrais devenir cuisinier, on t'apprécierait !". Un an plus tard, j'ai reçu un appel : "Chantal, merci ! Je suis devenu cuisinier, et je m'en suis sorti !". Y-a-t-il plus bel encouragement à faire de l'accueil ?

 

   Je recevais aussi des sortants de prison. Mon souvenir le plus déchirant concerne Gilles, la trentaine. C'était un superbe garçon, charmant, sympa, serviable, généreux, altruiste, un régal. La nuit, quand mon petit-dernier pleurnichait, il le berçait ! Gilles avait été une dizaine d'années en taule pour hold-up à main armée. Son problème ? Il aimait trop l'argent facile ! 

 

   Gilles avait été employé deux ans comme boulanger à la sortie de prison. Tout allait bien, jusqu'au jour où la patronne l'a chassé en apprenant qu'il avait fait de la taule ! Et c'est ainsi que le curé des Tsiganes au Neuhof (Bas-Rhin), Marcel Daval, m'a demandé de l'accueillir. Ce que j'ai fait aussitôt.  Plusieurs semaines, et entre-temps Gilles avait demandé à participer à un stage AFPA pour s'en sortir. Mais comme la réponse tardait, dans sa délicatesse il n'a pas voulu prolonger son séjour dans une famille, la déranger. Et il est parti. Deux jours plus tard, la réponse arrivait: Il pouvait faire son stage ! J'ai pleuré...

 

    Un an plus tard, j'ai eu des nouvelles. Faute de travail, Gilles, désespéré, avait récidivé. Cela m'a déchiré les entrailles ! Et mes collègues de Fr3 Alsace ont aussi été très émus, car il avait été accueilli à notre micro pour parler de la détention, avec tant de coeur, de tripes, que nous avions tous été bouleversés..

 

     D'autres souvenirs : Une balade avec les Compagnons d'Emmaüs avec aussi des gamins (ceux du Dirigeant du Centre), et qui était le plus attentif ? Un criminel hongrois libéré après vingt ans de taule. Aux petits soins pour les enfants... Nous étions, là aussi, très touchés.

 

     Un jour, alors que je servais la soupe aux clochards de la Mie de Pain, à Paris, un homme est arrivé en criant : "J'en ai marre, marre ! Je croyais avoir payé ma dette, mais non, c'est la double peine, il n'y a pas de travail pour ceux qui ont fait de la taule !". Il était hyper excité ! Je l'ai servi avec tendresse, et il m'a remerciée : "Votre sourire me fait chaud au coeur. Que faites-vous là ?" "Je suis là pour vous, et c'est un grand bonheur". Quelques instants plus tard, j'ai vu le même homme consoler un jeune qui pleurait... la main sur l'épaule ! "Et toi aussi, tu es là pour les autres !" lui-ai-je dit. Il m'a répondu ce que je n'oublierai jamais : "Il est plus malheureux que moi, car lui est jeune, au début de sa vie, et déjà désespéré, alors je suis là pour lui...".

 

     Jésus n'a jamais hésité à choquer les bien-pensants. "Au premier rang du Royaume de Dieu, il y aura des prisonniers" (et tous ceux que la société rejette !). Et si les repris de Justice, les "réprouvés", avaient aussi beaucoup à nous donner ?

   

     Eva R-sistons (Chantal Dupille)

20:30 Écrit par Eva R-sistons dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prison, compagnons d'emmaüs, mie de pain, drogue, jésus |  Facebook |

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